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Journée d’études : Trans concepts n° 2, 17 mars 2015

par Sophie de PEINDRAY d’AMBELLE - publié le

Séance du 17 mars 2015, PRSH Le Havre, 10 h-16 h 30

Instabilités, informalités, potentialités : De l’intangibilité en sciences économiques et sociales (Bernardot M. & Le Marchand A. dir.)

Dans cette deuxième séance des journées Trans-concepts nous poursuivons nos investigations sur les thèmes émergents dans les sciences humaines et sociales. Nous nous focalisons cette fois sur des notions qui tentent de formaliser des phénomènes instables, informels ou potentiels et oxymoriquement d’appréhender l’intangible (étymologiquement : que l’on ne peut pas toucher).

Le thème de l’hybridité déjà abordé durant la première séance est à nouveau mis sur le métier cette fois à partir des questions monétaires traitées du point de vue de leurs formes articulant notamment économies formelles et informelles. En lien avec ce premier aspect c’est au tour du concept de liquidité, associé dorénavant le plus souvent à l’incertitude, d’être investigué non seulement dans ses dimensions économiques mais aussi juridiques et sociologiques faisant apparaître les difficultés liées à l’usage stabilisé de termes métaphoriques dans les SHS. La journée d’étude est aussi l’occasion de soumettre à l’analyse deux autres termes saillants du lexique contemporain, ceux d’économie de la connaissance et de dépistage, qui sont à la fois des représentations et des dispositifs tentant de convertir des phénomènes intangibles ou non encore advenus (y compris au sens d’utopie concrète) en ressources mesurables et en outils de gouvernementalité.

Arnaud Le Marchand, EDHEN Le Havre : Du parallélisme à l’hybridité : Monnaies complémentaires et intrication.

Quels sont les vecteurs de l’hybridation institutionnelle ? La monnaie est un support des mises en équivalences dans la sphère marchande mais aussi entre biens et services et peut-être entre formes institutionnelles ou culturelles. Or les monnaies et les formes de crédit dites parallèles ont pris une place croissante depuis les années 1990. Ces créations s’appuient au départ sur des territoires qui se perçoivent comme enclavés, et manquant de liquidités. Elles y opéraient des passages entre économie informelle, économie sociale et économie industrialo-marchande. Ces passages ont une longue histoire, celles des transitions, des croissances et des crises locales ou globales. Elles prennent une nouvelle dimension par l’hybridation entre ces formes monétaires et le cyber espace, et entre principes différents de monnayage (libertariens et classiques versus geselliens et solidaristes), via des reprises de dispositifs (SEL/Bitcoin/Faircoin). Du passage entre zones et espaces distincts d’échanges et de socialisation, on se dirige vers l’imbrication des territoires, des cadres institutionnels et des représentations.

Marc Bernardot, UMR IDEES Le Havre : « ‘‘Liquidation totale’’. Métaphores hydrauliques et société liquide »

La notion de liquidité (déjà très complexe en chimie) peut par certains points paraître emblématique des écueils que rencontrent les sciences humaines et sociales pour communiquer entre elles et établir des sens stabilisés des notions (que l’on élargi volontairement ici à son champ sémantique basique –liquide, liquider, liquidation, liquéfaction et autres métaphores hydrauliques –flux, vagues, courants, …). En effet la liquidité est une notion essentielle dans la pensée juridique dans la mesure où elle exprime le fait qu’une situation contractuelle ou conflictuelle est clarifiée, par exemple que le montant d’une dette est précisément déterminé. La situation liquide a donc ici le sens d’une clarté. En revanche, la liquidité (et le liquide) prend un tout autre sens en économie et en particulier dans la théorie des monnaies de Keynes en ce qu’il s’agit d’un état mobile et fluide de la richesse, constatable mais difficilement mesurable. Avec les révolutions bancaire et numérique contemporaines la liquidité a même pris le sens d’une situation opaque et en perpétuel mouvement incarnée par l’activité des officines financières dénommées parfois Dark Pool. Enfin la liquidité est devenue, depuis les années 2000, à la suite des travaux du sociologue anglais Zygmunt Bauman une notion caractéristique de la postmodernité, de l’individualisme et de son instabilité structurelle qui remettent en cause les institutions classiques (Etats, familles, relations sociales…) au profit de formes hétérogènes, instables et en déréliction. Ainsi comment faire pour concilier ces trois sens (a minima) de la liquidité (clarté, en mouvement, instabilité) et établir un usage commun entre disciplines ?

Jacques Rodriguez, Université Lille 3 : « Le dépistage : réflexions sur une success story »

Le dépistage est devenu une pratique banale, qui déborde du monde médical pour investir différentes sphères de la vie sociale. Réducteur d’incertitude, il constitue un formidable instrument de rationalisation des conduites et des décisions ; outil de l’anticipation par excellence, il offre à certains égards de conjurer la fatalité. Là réside d’ailleurs la caractéristique essentielle du dépistage et, sans doute, la clé de son succès : il porte en lui la promesse d’une plus grande maîtrise de notre destin, individuel et collectif. Mais c’est ce succès qu’il faut aussi interroger. Que nous dit-il des changements qui travaillent la société ? Sans doute le dépistage n’est-il plus cet instrument au service d’un certain autoritarisme sanitaire – ce qu’il fut pendant longtemps. Mais ses effets sociaux n’en sont pas moins grands, car s’il rend assurément la médecine plus performante, il favorise également la sophistication et la diffusion de certains dispositifs de contrôle, de sélection, de surveillance et, partant, de gouvernement des individus.

Aïssata Ba, UMR IDEES le Havre : Lecture théorique et conceptuelle de la notion d’économie de la connaissance : entre ambiguïté et polysémie.

L’expression économie de la connaissance évoque à la fois la nouveauté et l’ambiguïté. Nouveauté d’une part car elle apparait dans les années 1990, promue par l’OCDE à travers l’expression de société de la connaissance (es racines de l’économie de la connaissance sont pourtant plus anciennes puisqu’elles sont initiées par Fritz Machelup dans son ouvrage The production and distribution of knowledge in the United States en 1962). C’est aussi une expression nouvelle car qu’elle désigne à la fois une sous-discipline de l’économie, inédite, dont l’objet est la connaissance et une nouvelle phase historique. Ambigüité d’autre part car la nature de son objet, la connaissance, rencontre des obstacles théoriques (polysémie des notions associées à la connaissance) et empiriques (difficultés liées à sa mesure). Afin de saisir les enjeux de l’économie de la connaissance dans le contexte actuel d’investissements massifs dans les domaines de la connaissance et de diffusion de la connaissance à travers les technologies de la communication et de l’information, nous proposons d’apporter une lecture théorique et conceptuelle à travers trois principaux points : passage en revue chronologique et contextuel des définitions de l’économie de la connaissance, analyse des problèmes théoriques et empiriques de la notion, notre position personnelle au regard des enjeux actuels de l’économie de la connaissance.